En quoi consiste la pratique de Shamatha ?

Publié le par Dordjé Djikmé

 

 

 

En préambule, il est important de noter que la méditation n'est pas faite pour fabriquer mentalement un nouvel état d'être. Ce n'est ni de l'hypnose, ni de la sophrologie. La méditation est là pour dévoiler ce qui est déjà en nous, déconditionner l'esprit. C'est donc un processus naturel exempt de toute fabrication.

 

De même qu'il na faut pas confondre méditation et concentration. Certes, la méditation permet de développer, par l'attention, les capacités de concentration, mais les mots sont à la fois trompeurs et précis et il est important de bien différencier les concepts utilisés. Contrairement à la concentration, l'attention est un état libre de tension.

 

De même que la méditation ne consiste pas à imposer à son esprit un état de calme ou de vide. Vous constaterez, que plus vous essaierez d'imposer quelque chose à votre esprit, plus il sera agité et rebelle. (Tiens donc ! La rébellion serait-elle une attitude naturelle ? Une qualité de l'existence ?)

 

Il s'agit donc de s'asseoir et de rester tranquille ; ce qui est la traduction littérale du terme tibétain "chiné".

 

En portant notre attention sur un objet simple, comme par exemple notre propre souffle, nous offrons à notre esprit,un espace désinvesti de pensée et d'émotion, un espace dans lequel son agitation et a confusion peuvent se dissoudre. Certes, celles-ci, au début de la pratique, nous assaillent. Il ne s'agit pas de les refouler mais simplement de les reconnaître pour ce qu'elles sont : de simples pensées ! Nous les observons comme nous observerions des nuages blancs passer dans le ciel. Ceux-ci apparaissent, puis s'en vont, laissant place à la profondeur et à la limpidité du ciel. Il en est de même avec l'esprit. Ce sont nos pensées et nos émotions qui nous en cachent la nature véritable.

 

 

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L'illustration ci-dessus, reproduit une xylographie originale tibétaine qui présente les neuf étapes du cheminement de samatha en les illustrant par neuf scènes.


Il y a deux personnages : l’homme, qui est le sujet méditant, l’observateur, et l’éléphant, son esprit. Le méditant manie les deux outils dont il dispose pour développer samatha : l’attention et le rappel. La hachette, incisive, représente l’acuité de l’attention vigilante, et la corde à crochet est le souvenir de la pratique, le rappel. Comme de nombreuses distractions interrompent l’état d’attention vigilante, le méditant doit y revenir par des rappels constamment répétés. La vigilance est l’acuité de base de la méditation et le rappel l’élément qui en assure la continuité.

L’état de samatha a deux principaux obstacles : d’une part l’agitation créée par les fixations sur les pensées et les émotions, et d’autre part la torpeur, l’opacité mentale. La torpeur est représentée par la noirceur de l’éléphant et l’agitation par celle du singe. Le feu qui décroît au fil des étapes exprime le niveau énergétique de la méditation : au fur et à mesure qu’elle progresse, la pratique exige de moins en moins d’efforts. Les six virages du chemin délimitent six paliers de la progression, dominés successivement par six forces de la pratique qui sont : l’écoute des instructions, leur assimilation, leur souvenir, la vigilance, la persévérance et la parfaite habitude. En bordure du chemin sont placés différents objets : plat de nourriture, conque, petite cymbale et miroir représentant les objets sensoriels : saveurs, odeurs, sons, et formes visuelles, qui distraient du chemin de samatha si le méditant se dirige vers eux.

1 – Au bas de la reproduction, à la « première station », la distance séparant le méditant et son esprit est grande. L’éléphant de l’esprit est mené par le singe de son agitation. Le feu est important, c’est-à-dire que la méditation demande beaucoup d’énergie ; les obstacles sont à leur maximum : tout est noir.
2 – À la deuxième station, le méditant grâce à son attention se rapproche de l’éléphant ; le singe mène toujours l’esprit mais le rythme s’est ralenti. L’opacité et l’agitation décroissant, du blanc filtre dans la noirceur de l’éléphant et du singe.
3 – À la troisième station, le méditant ne court plus vraiment après son esprit ; ils sont maintenant face à face. Le singe est toujours en avant mais il n’entraîne plus l’éléphant. Un contact suivi entre le méditant et l’esprit s’est établi avec la corde du rappel. Une forme de torpeur subtile, passée jusqu’alors inaperçue, apparaît ; c’est le petit lapin. La noirceur de l’opacité et de l’agitation décroissent.
4 – À la quatrième station, l’évolution se précise, le méditant se rapproche encore de l’éléphant. La blancheur du singe, de l’éléphant et du lapin progresse. La scène est plus calme.
5 – À la cinquième station, la situation se renverse. Le méditant guide maintenant l’éléphant de l'esprit avec une attention et un rappel continus. Le singe ne conduit plus, mais le lapin est toujours là. La scène est encore plus claire.

Dans l’arbre, un singe blanc cueille des fruits blancs : il représente l’activité de l’esprit s’engageant dans des actes positifs. Bien que de telles actions doivent habituellement être cultivées, ce sont des distractions pendant la pratique de samatha ; c’est pourquoi l’arbre est noir et à l’écart du chemin.

6 – À la sixième station, les progrès se précisent ; le méditant conduit ; le rappel de la méditation est constant sans que l’attention n’ait plus besoin d’être dirigée vers l’esprit. Le lapin est parti et la situation se clarifie de plus en plus.
7 – À la septième station, la scène est devenue très paisible. La marche n'a plus à être dirigée. La situation est devenue presque complètement transparente ; quelques taches noires signalent encore des points délicats.
8 – À la huitième station, l’éléphant marche docilement avec le méditant. Il n’y a pratiquement plus de noir et la flamme de l’effort a disparu. La méditation est devenue naturelle et continue.
9 – À la neuvième station, l’esprit et le méditant sont tous deux au repos complet. Ils sont comme de vieux compagnons habitués à rester tranquilles ensemble. Les obstacles ont disparu, samatha est parfait.
Les tableaux suivants, portés par le faisceau émanant du cœur du méditant, représentent l’évolution de la pratique au sein de cet état de samatha. La réalisation de samatha est caractérisée par des expériences d’allégresse et de ravissement, illustrées par le méditant volant ou transporté à dos d’éléphant.
Le dernier tableau se réfère à la pratique conjointe de samatha et de vipasyana. La démarche se renverse. Esprit et méditant sont ensemble, l'un chevauchant l'autre. Le feu révèle une nouvelle énergie qui apparaît : l'intelligence immédiate, représentée par l’épée flamboyante de la connaissance transcendante, tranche les deux faisceaux

 

Publié dans MAHAYANA

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joellecm 02/07/2012 12:00

Explications intéressantes,

avez-d'autres infos sur le petit lapin? Quelle est la différence entre la torpeur de l'éléphant et celle du lapin?

joellecm